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Step by step d’une planche

Une planche d’avant A à presque Z, méthode personnelle non gravée dans le marbre.

Étape 1 : écriture du scénario

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Un long moment de réflexion pour cogiter le scénario global et la succession des évènements, puis l’écriture pour découper le tout en scènes, avec les dialogues. Ça ressemble à une pièce de théâtre ou, pour le coup, je sais que beaucoup sont comme moi et voient leur petit anime dans leur tête !
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Étape 2 : crayonnés

Vu que j’ai un scénario écrit très détaillé (attitudes, expressions, mouvements) et mon petit film dans ma tête, je me passe généralement de l’étape storyboard sur une histoire dont la mise en page est assez simple. C’est autre chose sur des planches comme celles de Out of Sight où je tente d’apporter un certain esthétisme et qui passent par plusieurs essais de story-boards.

Donc, ça donne une planche comme ça :
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Je dessine les images qui me semblent propices pour transcrire  l’action en pensant aussi aux textes et bulles que je dois caser. Les textes sont généralement retouchés par rapport au scénario écrit pour cause de… manque de place ! Rien n’est gravé dans le marbre jusqu’à ce qu’on affronte la page.
Le crayon bleu est une véritable bénédiction ; plus la peine d’essayer de faire un crayonné ultra propre et je m’en donne à cœur joie ! Je rature, je refais, je déplace, j’annote au fur et à mesure, de toute façon, tout ça disparaîtra au scanner !

Des marges pour l’impression qui peut rogner la page, je dessine dedans mais je n’y mets surtout rien d’important.

Personnellement, je travaille à la chaîne, c’est à dire que je fais tous les crayonnés de mon chapitre, puis tout l’encrage, ensuite tout le scannage, etc… Ou du moins, par blocs de scènes. Je suis plus productive comme ça et j’ai généralement plus de facilité à garder mon feeling sur une scène que si je m’arrête pour faire toutes les étapes pour chaque page.

Étape 3 : Encrage

Certains passent par la table lumineuse, moi j’encre directement sur le bleu. Au feeling selon les périodes, ça va être plumes ou stylos, option brushpen.
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Pas grand chose à dire. En fait, c’est le moment où je vais me mettre une série ou un film en fond ♫

Étape 4 : scan et retouches

Une fois le bleu disparu et les niveaux de noir et blanc ajustés, on a une vision nettement plus claire de la bête ! C’est le moment où on va faire quelques retouches si nécessaire comme ajouter des blancs, modifier un peu un détail…
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La page a l’air un peu vide et pour cause ! Si les décors que l’on ne voit qu’une fois ou deux ou les plus simples sont faits à la main, pour les plus récurrents j’ai choisi l’option de les préparer à part, certains même sous sketch’up (un logiciel de création 3D) pour n’avoir qu’à les intégrer aux planches par la suite. Vous aurez peut-être remarqué dans Chocolat*Noisette que ce sont les mêmes images qui reviennent toujours à un zoom près. C’est bon pour mon gain de temps mais c’est aussi ce qui finit normalement par vous les rendre familiers, un peu comme dans ces sitcoms familiales où la scène commence toujours par le même plan extérieur de la maison !

Donc, préparation à l’intégration des décors et intégration :
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Étape 5 : lettrage

Écrire les textes en tout propre quoi ! Dans CxN, c’est un peu long ; il y a plein de textes partout, dans les bulles, hors des bulles, de toutes les tailles, en onomatopées… Bref, cette étape est plus longue qu’il n’y paraît.
Pour la police d’écriture, je suis une adepte de Komika Slim. Je la trouve claire et lisible, sans excès de fioritures et avec tout ce qu’il faut d’accents et de caractères spéciaux.
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Ça commence à bien ressembler à quelque chose là !

Étape 6 : tramage

La dernière étape reste donc : le tramage. Soit faire les gris dans la planche !
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Et voilà ! Fini !

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Chocolat*Noisette, vol.5 © Clover Doe

F.A.Q

qui sera éditée en fonction des questions.

:bulletblack: Le matériel utilisé : voir ici

:bulletblack: Pas de Story-board ?
Ce n’est pas recommandé de ne pas en faire !
Personnellement, je n’en fais pas sur cette histoire (ou les petits-one-shots du genre) parce qu’elle est très « simple », qu’au bout d’autant de volumes je connais par cœur mes enchaînements et surtout, j’ai un scénario écrit très détaillé.

:bulletblack: Qu’est-ce qui fait que je déplace autant mes bulles ?
Il faut considérer les bulles case à case mais aussi dans l’ensemble de la page, et inversement. Les bulles peuvent être très bien dans une case, puis on dessine une seconde case et là tout à coup, le chemin de lecture devient un peu chaotique. Il faut trouver l’équilibre dans la case mais dans la page entière aussi (et avec les dessins /o/). D’où le fait que je déplace des bulles parfois, pour améliorer le chemin de lecture et trouver le meilleur équilibre avec les dessins.

:bulletblack: Le cadre ? Les marges ?
Mes feuilles sont au format A4 (21*29,7cm) alors que CxN est imprimé au format poche 12*18cm. Ce n’est pas proportionnel et puis il y a la découpe après impression. Je dois en tenir compte. Les marges sont donc des guides et des sécurités. On y dessine mais on n’y met rien d’important.
Il m’arrive de faire des bulles dont je veux qu’elles aillent jusqu’au bord de la page, dans ce cas, je fais ma bulle aussi dans la marge mais je fais attention à ce que le texte, lui, reste à l’intérieur des marges.
Je me suis fait un gabarit aux dimensions souhaitées pour ne pas avoir à mesurer à chaque fois (fainéante) et qui me permet de tracer facilement le cadre de mes marges quand je prends une nouvelle feuille.

:bulletblack: Pas de vraies trames découpées et collées avec amour alors ?
Non. Les trames, c’est cher. Et je n’ai pas d’assistants pour m’aider à les poser. Alors photoshop, je l’aime ! D’autant plus que j’utilise surtout presque uniquement des niveaux de gris pour mes remplissages et non des trames à points. C’est devenu un procédé assez standard et ça a l’avantage d’éviter les soucis de moirages à l’impression.
Moirage : quand les trames font des effets caca-boudin à l’impression, souvent dus à une mauvaise qualité de la trame, un redimensionnement ou un déplacement incorrect.

:bulletblack: Combien de temps pour faire une planche ?
Difficile comme question. Comme je l’ai écrit dans ce step by step, je fais les planches par étape et à la chaîne. Tous les crayonnés, puis tous les encrages, etc. Et comme ces différentes étapes peuvent prendre plus ou moins de temps en fonction de mon humeur, de la difficulté de la scène, de la quantité de dessin dedans (scène avec plein de décors et plein de persos VS scène à deux ou monologue sans/peu de décor). Ça peut varier entre trois à six heures par planche. *estimation à la louche*

8 thoughts on “Step by step d’une planche”

  1. Très intéressant ce tuto ^^
    Je travaille paaaaaas du tout pareil ^^ » Je cherche encore une méthodologie efficace. Mais je change régulièrement, en fonction du projet, des mes évolutions en dessin, etc.
    Un jour j’essaierais de faire un BD à la main, ça me changera >.>
    Pour le moment je fais tout à l’ordi, ce qui, je pense, me fait perdre beaucoup de temps et me pousse à méga détailler ^^ »
    En tout cas, beau travail, c’est intéressant de voir comment les autres travaillent je trouve ^^

    1. Je pensais pas que Braises était fait à l’ordi, tu m’apprends quelque chose ! Je trouve que le rendu est très proche de ce qu’on aurait avec un pinceau ou une pointe feutre 😀
      L’ordi, je pourrai pas, justement à cause de tout ce zoom potentiel qui fait aller dans des détails absolument inutiles pour une page x) Au moins le stylo même le plus fin me pose une limite que je ne suis pas capable de m’imposer en digital :3

      1. Haha oui ! Effectivement, Braises est fait exclusivement sous photoshop (pour l’instant, les prochains chapitres seront sans doute fait en majorité sous manga Studio) x) J’ai déjà essayé de faire de la BD à la main. D’une part mon scan étant merdique il zigouille tout mon joli travail T.T D’autre part, j’ai testé différents feutres (j’utilise beaucoup des stylos à pointe fine (copic, staedler et faber-castell) pour les mêmes raisons que toi, mais je n’arrive pas à jouer sur mes traits comme je le veux. J’ai l’impression que mon tracé est toujours totalement uniforme et ça me déplait vraiment beaucoup >.< Sans compter que j'ai une bonne tremblotte, alors ça arrive régulièrement que mes traits ressemblent davantage à des vaguelettes qu'autre chose (hum). Raison pour laquelle je commence à envisager de tester les fameuses plumes japonaises qui me correspondraient peut-être davantage ^^ Tiens d'ailleurs, tu as l'air d'avoir un meilleure connaissance que moi des outils tradi, tu pourras peut-être m'aider : connais-tu une encre de chine waterproof ? Les deux que j'ai ne le sont pas et vu le prix d'un pot d'encre, ça me gonflerait de prendre encore une "vraie encore de chine indélébile" qui ne tient pas la route quand on veut faire de l'aquarelle par-dessus ^^"

        1. C’est sûr que les stylos tubulaires ne sont pas l’idéal quand on aime les effets de pleins et déliés bien marqués =’D Je ne sais pas trop si la plume est une bonne alternative si le stylo ne te convient pas vraiment : j’ai aussi ce souci de tremblements et si ça peut se corriger assez aisément avec le stylo, la plume me semble carrément moins évidente =d Mais si tu veux tester et cherches une encre noire indélébile, je te conseillerai les Deleter black no.3 ou 4. Je me suis fait avoir avec la no.5 qui ne l’était pas du tout (un dessin à refaire) et j’utilise actuellement la no.3 qui me convient très bien =3

  2. Merci pour cet article très détaillé clover sensei. J’ai particulièrement retenu la partie sur le placement des bulles, et le logiciel pour les décors. Je suis très admirative des dessinateurs/trices qui dessinent directement au crayon bleu sur leur planche O.o *rature 1000 fois tout ses dessins* jamais compris comment vous y arrivez sans devoir calquer tout les dessins à la tablette lumineuse^^
    Un jour peut être je comprendrai ce mystère..
    En tout cas ça donne envie d’arriver à faire un aussi bon travail que le tien! peut etre qu’avec ces précieuses indications je vais pouvoir un peu m’en rapprocher :) merci!

    1. Personnellement, je trouve ça plus simple d’encrer directement sur le bleu que décalquer à travers une table lumineuse (que je n’utilise que pour les dessin trad par exemple). Sur la table lumineuse, je suis crispée, j’ai peur de n’avoir pas assez scotché et que la feuille bouge, de ne pas assez différencier ma quantité de mauvais de traits et de repasser le mauvais x_X
      C’est vraiment une question d’affinités selon les personnes quoi 😀

      1. non en fait c’est pas pour l’encrage, mais pour le dessin au crayon. Avec le crayon bleu je n’y arrive pas, comme je gomme 1000 fois mon dessin, ça ne se gomme pas bien et ça fini en grosse tache bleu ou plus aucun trait n’est visible.. mais en fait je crois que j’appuie tout simplement trop fort *la grosse bourine de service*

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